Petit manuel des subventions du spectacle vivant

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Artiste solo, troupe amateur, petite ou grosse compagnie artistique, personne n’échappe au nerf de la guerre du spectacle vivant : la recherche de financement. Qu’il s’agisse d’un besoin de fonctionnement général ou d’une demande d’aide spécifique liée à un projet, la stratégie de financement est une étape capitale qui doit être pensée bien en amont.

Subvention spectacle

Commençons par se faire du bien au moral en se rappelant nos bons atouts en matière de subvention. Rappelons tout d’abord qu’au pays de Molière, depuis 1959 et la création du Ministère des Affaires Culturelles, on arbore fièrement le principe de “l’exception culturelle française”. Débat plutôt houleux et définitions vagues en réalité, mais nous ne nous y intéresserons pas ici. L’essentiel, c’est de comprendre le principe général, à savoir que cette petite expression, emplie d’humilité, vient caractériser les spécificités de la France dans le domaine de la culture – et donc du spectacle vivant – vis-à-vis du reste du monde. Et c’est bien ça qui nous intéresse ici, des acquis et “avantages” pour les pros du spectacle vivant qu’on est, la plupart du temps, bien loin de retrouver chez nos voisins (on vous conseille d’ailleurs ce petit article comparatif sur l’intermittence, on en sifflote déjà la Marseillaise..).

Une once de nationalisme donc, mais qui invite finalement moins à la fanfaronnade qu’à la vigilance car rien n’est immuable et les vents peuvent tourner. To be or not to be, telle est finalement la vraie question de “l’exception culturelle française” et les débats sont déjà lancés…

Mais alors, de quoi parlons-nous ? de l’intermittence bien sûr, mais aussi et surtout ici, de l’économie subventionnée !

La France met à disposition, des artistes et compagnies du spectacle vivant, un merveilleux panel de solutions permettant de les accompagner financièrement tout au long de leur activité ou de manière ponctuelle dans le cadre d’un projet. Un formidable trésor qui n’est pourtant pas si accessible. Que nous parlions d’une subvention au projet ou du saint Graal qu’est le conventionnement, reste à s’orienter dans un dédale de dispositifs plus ou moins visibles tout en bravant la jungle bureaucratique d’une administration pas toujours très claire…

Mais alors, vers qui se tourner, par où commencer ? Pas de panique, on va essayer d’éclaircir un peu tout ça, petit tour d’horizon des solutions en matière de subventions !

La première chose à faire est tout d’abord de bien définir sa situation et son ou ses besoins. Même si ça peut sembler évident, ce point mérite qu’on s’y attarde plus qu’on ne pourrait le croire. Compagnie amateur ? professionnelle ? association ou structure juridique pré-existante ? S’agit-il d’un projet de création ? de diffusion ? d’écriture ? un besoin d’aide au fonctionnement ? … 

Bref, à vous de faire le point ici, car il existe bien des dizaines sinon des centaines de situations différentes, toutes plus ou moins susceptibles de coller avec autant de dispositifs qui se renouvellent et se transforment d’année en année. Cet exercice est pour le moins primordial puisqu’il vous permet de commencer à vous orienter de manière générale, attention toutefois à ne pas vous fermer de portes, on ne sait jamais !

Pour faire simple, prenons l’exemple d’une compagnie de cirque amateur souhaitant porter une création jeune public qui n’est pas encore écrite en région Bretagne : l’idée sera toujours de commencer par le début puis d’affiner petit à petit, compagnie amateur / cirque / jeune public / écriture et mise en scène à faire / région Bretagne. Voici donc un bon point de départ, cinq directions vers lesquelles commencer à prospecter avec de bonnes chances de taper juste. L’intérêt est de “dégrossir” petit à petit, de manière à ne pas s’éparpiller en gaspillant son temps sur des dispositifs dont on est pas certain qu’ils soient accessibles. Pour ce même exemple, prendre le temps de lire la quasi soixantaine de dispositifs existants de la SACEM est quasiment contre-productif. Du même coup, il est bien plus efficace d’orienter ses recherches en fonction de ces grands axes, eux-mêmes liés à une situation spécifique dans un premier temps, puis finalement d’aller chercher institution après institution pour voir si tel dispositif ne pourrait pas lui aussi convenir. Une bonne marrade en perspective…

 

 

Bon, tout ça c’est bien beau, mais une fois que je sais où aller, vers qui je me tourne ?

On a regroupé ici, de manière tout à fait indigeste, les dispositifs les plus importants (bien sûr, cette liste n’est ni exhaustive ni immuable, la plupart de ces dispositifs sont périssables et évolueront au fil du temps, d’ailleurs n’hésitez pas à nous faire part de nos oublis ou de vos trouvailles dans les commentaires).

On parle ici de subventions financières, cet article n’aborde pas les aides aux lieux de création ou de diffusion ni les différentes aides en nature.

Au plus proche, les collectivités territoriales

Communes 

Qu’il s’agisse de votre commune de résidence ou de la commune dans laquelle vous souhaitez vous produire, il existe forcément des dispositifs destinés à encourager les initiatives associatives et/ou culturelles. Les modalités d’attribution sont variables et les montants souvent différents en fonction de la taille et donc des dotations de la commune.

Communauté de communes (dans le cas des petites communes)

Idem communes, les communauté de communes sont d’excellents soutiens (notamment en ruralité), ils permettent aux petites communes de s’unir et disposent donc en général de crédits destinés aux associations ou initiatives culturelles. Fonction de votre projet, il est tout à fait envisageable de solliciter une commune directement ainsi que la communauté de commune à laquelle elle est rattachée.

Pour toutes vos demandes de subvention auprès de l’État et des collectivités territoriales, il existe un formulaire unique répondant au doux nom de Cerfa 12156*05. La plupart du temps ce formulaire est directement fourni. Vous pouvez aussi le télécharger ici. Il peut être utile pour créer une demande “générique” facilement déclinable et qui vous servira de base pour toutes vos autres demandes.

Départements

Les département sont en mesure de vous soutenir financièrement. Pas tous et pour des montants très variables et de moins en moins importants. Ils restent cependant des partenaires de choix et peuvent aussi en quelque sorte “labelliser” votre démarche dans une optique de proximité avec votre territoire. En ceci, ils peuvent favoriser vos futures requêtes auprès d’autres interlocuteurs. Pensez aux retombées indirectes !

Régions (et Collectivités d’Outre Mer)

Interlocuteurs privilégiés, les régions proposent des dispositifs très avantageux qui sont parfois cependant exigeants sur les conditions d’éligibilité. 

Partenaires régionaux

De nombreux organismes partenaires des régions dispensent des aides financières (mais aussi des aides en nature)

Vous pouvez consulter la liste de ces organismes par région ici  (attention, il se peut que certaines données ne soient plus à jour).

Dispositifs interrégionaux

Véritables subventions indirectes, il s’agit ici davantage d’accompagnement, les soutiens financiers s’apparentant dans la plupart des cas à une prise en charge de certaines dépenses en lien avec des lieux de diffusion.  

Notamment : “Charte d’aide à la diffusion”: ONDA (national), Arcadi (Île de France), Odia (Normandie), OARA (Aquitaine), Réseau en scène (Languedoc-Roussillon), Spectacle vivant (Bretagne) et l’Agence Culturelle (Grand-Est).

Au niveau national

Les DRAC

L’évidence. Les DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles), présentes au sein de chaque région, sont les entités décentralisées en région du Ministère de la Culture. Elles mettent à disposition d’artistes ou de compagnies de Théâtre, de Danse, de Musique d’Art de rue ou encore de Cirque un certain nombre d’aides structurées en trois catégories.
    • Les aides au projet (création ou reprise) sont des aides ponctuelles destinées à soutenir un projet spécifique.
    • Les aides à la structuration sont des aides annuelles, renouvelables jusqu’à trois fois dans certains cas, idéales pour les créations de compagnie (avec projet).
    • Le conventionnement est une aide inscrite sur la durée (trois ans, renouvelable). Elle s’inscrit dans une démarche de partenariat affirmé. Une relation contractuelle ainsi qu’un cahier des charges s’établit alors.

    Pour aller plus loin ➧ ou directement par catégorie :

    Danse / Musique / Théâtre / Art du cirque / Art de la rue

Aide nationale à la création de spectacle dans le secteur des arts de la rue (tous médium). Cumulable avec une aide au projet ou au conventionnement, mais pas avec le dispositif “écrire pour la rue”.

Aide nationale à la création pour les arts du cirque  Cumulable avec une aide au projet ou au conventionnement, mais pas avec le dispositif “écrire pour la rue”.

Les dispositifs d’aides à la résidence DRAC 

Le Fonds d’encouragement aux initiatives artistiques et culturelles des amateurs” (FEIACA) Destiné aux compagnies amateur.

A noter que les compagnies conventionnées sont éligibles à “l’aide à la professionnalisation des Artistes” ou “Aide au compagnonnage” (deux dispositifs cohabitent, le compagnonnage plateau et le compagnonnage auteurs)

Fonds SACD Musique de scène  (fonds d’aide à l‘écriture de musique “d’accompagnement” )

“Auteurs d’espaces” en partenariat avec les festivals Châlon dans la rue, La rue est à Amiens et le festival international de théâtre d’Aurillac (art de la rue)

Fonds SACD pour le théâtre

Fonds SACD Théâtre d’Avignon OFF

Aide “Écrire pour la rue” (en partenariat avec la DGCA)

Il existe de nombreux dispositifs européens, sous forme de subvention ou d’appel à projet susceptibles de correspondre à votre situation. Cette piste est d’autant plus intéressante dans le cas de spectacles diffusés ou ayant vocation à être diffusés à l’international, dans des pays membres de l’U.E.

Nous vous avons présenté plus haut quelques uns des plus importants dispositifs, mais il existe une multitudes d’autres dispositifs dont vous pouvez bénéficier dans certaines situations, en voici quelques uns donnés à titre informatif.

Programme “Valorisation des langues de France” (DGLFLF) 

Par exemple pour une traduction ou reprise d’un spectacle en langue régionale

A noter que d’autres dispositifs présents sur cette page et non mentionnés ici peuvent aussi s’avérer intéressants.

La Commission internationale du théâtre francophone (CITF)

“Programme Régulier” / “Programme exploration”

 « Le fond pour le développement de la vie associative FDVA – Fonctionnement et actions innovantes » 

Pour finir

Voici donc un beau panel “en vrac” des différentes opportunités financières à saisir. Comme nous le disions plus haut cependant, la recherche de financement est un travail considérable qui ne se passe pas d’une bonne stratégie. Fonction de votre situation, reste à vous de vous orienter vers les bons interlocuteurs et les bons dispositifs. La tâche n’est pas simple, mais là encore pas de panique, on vous donne un petit coup de main. Voici un petit tableau maison tout simple, qui dans un premier temps,  vous aide en un coup d’œil à voir vers qui vous diriger en fonction de votre situation ! Attention, ce tableau est donné à titre indicatif il n’est bien sûr pas exhaustif

N’oubliez pas que ces catégories sont générales et grossières, votre projet lui, est unique ! A vous de chercher à vous diriger vers les orientations qui correspondent le plus à votre projet !

Dites-vous aussi que les subventionneurs ne sont pas des banques ! ils promeuvent la création, le rayonnement culturel régional, la médiation culturelle ou encore les pratiques artistiques jeunes publics. Ces subventions sont justement prévues pour vous inciter vous aussi à aller dans le sens de ces initiatives et à défendre les valeurs qui s’y rattachent.

Comme ces dispositifs sont généralement assez rigides, vous avez peu de chance de pouvoir les adapter à votre besoin, ce qui n’est pas le cas de votre projet ! N’hésitez pas à repenser ou ajuster votre projet aux prérogatives des subventionneurs s’il le faut !

Le but n’est bien sûr pas de dénaturer votre création ou projet, mais simplement de chercher à faire cohabiter les attentes de vos subventionneurs avec votre création artistique.

Finalement, faire en sorte que des spectacles s’adaptent aux politiques et grandes orientations culturelles plutôt qu’aux lois du marché… c’est peut-être aussi ça « l’exception culturelle française “  ; )

Des questions ? Des suggestions ? Partagez-vos idées dans les commentaires !

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