Les treize commandements des demandes de subvention dans le spectacle vivant

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Vous êtes éligibles à des subventions ? Merveilleux, mais de là à dire que c’est dans la poche… C’est une toute autre histoire !

Nous faisions ici-même, il y a peu, un petit compte rendu assez général des différents dispositifs de subvention existant dans le spectacle vivant. N’hésitez pas d’ailleurs à parcourir notre (indispensable et vomitif)  Petit manuel des subventions du spectacle vivant qui précède ce bref appendice sur la réalisation des demandes de subvention dans le spectacle vivant.

Parce que pour un artiste ou une compagnie, la prospection et la sélection des différents dispositifs de subvention auxquels il convient de tenter de déposer un dossier n’est finalement que la première étape d’un long cheminement. Cette formidable marrade se prolonge très logiquement avec le remplissage assidu desdits dossiers de demandes de subvention, avant de les renvoyer à qui de droit le tout en croisant absolument tout ce qu’il est possible de croiser…

Il se pourrait pourtant que la chance ne soit pas d’un grand recours. Admettons plutôt que nos pattes de lapin et autres trèfles à quatre feuilles n’ont que peu d’intérêt ici et faisons ensemble un petit point sur les bonnes pratiques du remplissage de dossiers de demande de subvention…(allez on s’accroche !)

La recherche de financement est un service que nous proposons à nos partenaires, alors pour chacun d’entre eux et aussi pour tous les autres qui s’apprêtent à se lancer dans cette joyeuse aventure, bonne lecture !

Subventions : les bonnes pratiques

1. Mon ami subventionneur n’est pas une banque

Commençons par un petit préambule capital en nous remémorant rapidement quelques généralités à propos des subventionneurs. Qu’il s’agisse d’institutions publiques ou privées, nationales ou locales, le fonctionnement reste toujours le même : un artiste ou une compagnie – en échange du respect d’un cahier des charges spécifique ou simplement de conditions particulières liées à un projet ou à sa mise en action – se voit proposer par un organisme subventionneur un soutien financier. On pourrait dire que jusqu’ici tout va bien, rien de méchant en perspective. Il s’agit pourtant de la première difficulté, à savoir la manière de considérer le subventionneur. Vous n’allez traiter ni avec un organisme de crédit ni avec un doux mécène qui allonge la monnaie de manière systématique (et encore, même là franchement…). Ces institutions ont été créées pour répondre d’une part à un besoin  des artistes et d’autre part pour permettre l’existence d’un système de financement de la culture lui-même basé sur une économie subventionnée. Leur existence en elle-même est politique, les subventionneurs sont investis de “missions” culturelles et/ou sociales qu’ils achèvent notamment par l’octroi de crédits spécialement dédiés. Ils n’ont absolument aucune obligation à “donner” à proprement parler, mais sont tenus de respecter leurs engagements. Vous devez appréhender les subventionneurs comme ce qu’ils sont, des professionnels du spectacle vivant, véritable collaborateurs de choix et disposés à mettre à votre disposition un large éventail de ressources dont notamment des solutions d’ordre financière…

Reste donc à vous d’adapter votre posture à cette situation dès le début de vos démarches en vous souvenant que les subventionneurs, bien au loin d’être de gentilles poules aux œufs d’or, sont avant tout des partenaires disposés à vous épauler si toutefois vous respectez leurs conditions.

2. Pas de stratégie, pas de chocolat…

Si vous avez prévu de vous engouffrer dans la brèche tête baissée, avec comme devise “ça passe ou ça casse” alors bien joué ! vous avez à moitié raison, ça va casser. Vous demander de chercher à prendre du plaisir à la chose serait bien hypocrite bien sûr (et on sait de quoi on parle chez Nomacle), mais de là à bâcler le travail, il y a un fossé qui peut parfois valoir de l’or…

Un dossier de demande de subvention, ça se prépare, ça se réfléchit et ça se discute avec son entourage et tous ceux qui pourraient s’avérer être de bons conseillers. Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose sur la stratégie à avoir, dites-vous simplement que le but du jeu n’est pas (mais alors vraiment pas) de “demander”, mais simplement de “vous présenter”. De là à dire qu’en vous présentant le plus simplement du monde c’est quasi gagné, il n’y a qu’un pas. Des quémandeurs, il y en a à la pelle, prenons un instant pour essayer d’imaginer combien de dossiers en moyenne sont envoyés à un subventionneur. Alors comment sortir du lot, pourquoi plus mon dossier que celui du voisin? Simplement parce que de votre côté, vous savez déjà que votre projet colle parfaitement aux attentes de votre subventionneur, vous êtes carrément heureux de cette merveilleuse symbiose, finalement, cette subvention a dû être créée pour vous tellement votre projet colle à ses attentes.. Demander ? pas besoin, vous savez d’ores et déjà que vous correspondez parfaitement aux conditions du dispositif et aux intérêts du subventionneur. Votre subventionneur quant à lui, il ne sait pas encore combien vous êtes complémentaires, il ignore tout de vous et de votre projet. Reste donc simplement à vous présenter et à montrer en quoi votre projet coïncide parfaitement avec ce dispositif et surtout avec les intérêts du subventionneur.

Mais alors, quels sont les intérêts du subventionneur…

3. Les subventionneurs sont d’ignobles organismes complètement intéressés

Alors oui, on y va un peu fort sur le titre, mais l’idée est là. On le disait plus haut, les subventionneurs ne sont pas des banques, mais sont bien davantage des organismes tenus de respecter des  engagements. Et ceux-ci sont multiples, des institutions décentralisées comme la DRAC par exemple portent en elle-même les grandes orientations politiques et culturelles du ministère… de la culture (en même temps..). Ces engagements définissent en un sens les intérêts qu’ont les subventionneurs à vous soutenir financièrement. On le redit encore une fois, rien n’est gratuit, il y a forcément une mécanique à l’origine de tout, ici ce sont les objectifs et enjeux des organismes subventionneurs qui sont à l’origine des dotations financières que vous pourrez potentiellement recevoir. D’où la question à cent mille dollars, quels sont les enjeux et les intérêts du subventionneur à qui je m’adresse ? Et il n’y a pas de piège ici ! La plupart des dispositifs expriment de façon claire les conditions d’éligibilité ainsi que les différentes attentes de l’organisme en question. A vous d’en tenir compte et de chercher à les valoriser sur votre dossier.

4. Un bon début, c’est un bon contact

Un simple coup de téléphone. Tout bêtement. Voilà comment augmenter sensiblement l’intérêt que l’on vous portera (et aussi sans doute le reste vous l’aurez compris). Et finalement c’est la moindre des choses. Vous vous adressez à un partenaire de choix, commencez donc par le lui montrer. Et on parle bien du stricte minimum, “Bonjour, je suis un super artiste avec un super projet, comme je cherche des soutiens, je suis tombé sur ce super dispositif de votre super institution, j’aurais aimé en savoir un peu plus”. Pas de quoi en faire des nuits blanches et pourtant cette étape préambule est tout bonnement indispensable.

En bonus, vous avez l’occasion de creuser la question des intérêts et objectifs du subventionneur pour affiner votre dossier et vous permettre d’insister plus encore sur les éléments qui intéressent vraiment votre nouveau collaborateur subventionneur !

5. Les subventions sont rigides, pas mon projet

Les conditions d’éligibilité des différents dispositifs sont bien souvent assez strictes, vous devez respecter ces conditions au risque de ne pouvoir prétendre qu’à rien du tout. Il s’agit pourtant ici d’un faux problème. On ne revient pas sur le pourquoi du comment ces dispositifs sont rigides (voir titre 1 et 3), mais on invite plutôt à se questionner sur la rigidité du projet. Vous n’avez pour ainsi dire aucune chance de faire s’ajuster un dispositif à de votre projet, mais de là à dire que c’est marre et qu’on ne peut rien y faire, est ce vraiment raisonnable ? Ne pourriez-vous pas envisager d’ajouter, de soustraire ou de modifier tel ou tel petit point pour rentrer dans les clous ? Alors attention, il ne s’agit pas de dénaturer une création, ou d’abandonner votre projet aux grandes orientations culturelles du moment, mais simplement de se poser la question de savoir si votre projet ne peut pas finalement correspondre aux attentes d’un dispositif en apportant une petite modification… Il n’y a pas de bonne réponse à cette question bien sûr, parfois c’est non, parfois c’est oui, mais ce qui est sûr par contre, c’est que la seule mauvaise réponse, c’est de ne pas se poser la question !

6. Quand je demande des sous, je commence par montrer que je sais compter

C’est parti, votre stratégie est au point, vous savez où vous allez, vous savez ce que vous devez mettre en valeur dans votre dossier et vous et votre subventionneur êtes quasiment des vieux potos, vous pouvez donc vous y mettre. Enfin presque. Un peu comme les pruneaux dans le far breton, dans un dossier de demande de subvention il y a toujours une partie qui a tendance à laisser un drôle de goût dans la bouche.. Disons donc bonjour au budget prévisionnel et aux fameuses migraines qui l’accompagnent.

Ce point est essentiel, un budget, ça se soigne, ça s’équilibre et c’est cohérent. Nous ferons bientôt un petit article spécifique aux budgets. D’ici là retenons simplement que le budget va directement servir à calculer le montant de votre potentielle dotation. C’est grâce à lui que vous pourrez justifier votre demande, mais c’est aussi lui qui servira de base au compte rendu financier que vous devrez fournir l’année suivante une fois la subvention reçue pour attester de la bonne utilisation des fonds, et vous n’avez vraiment pas envie de devoir rendre ce petit pécule que d’ailleurs vous avez déjà dépensé…

7. C’est pas le moment de faire le frileux

Dans la plupart des cas, les dispositifs vous invitent à inscrire directement le montant que vous sollicitez en respectant un montant maximal. Bien sûr, le montant que vous demandez est en cohérence avec votre budget (!). Dites-vous bien que si vous avez faim et qu’on vous propose de rester dîner, il est presque ridicule de ne demander d’être présent que pour l’entrée (sans doute pas notre meilleure métaphore, on vous l’accorde). Bref, ne soyez pas timide ! Vous voulez 2000€ et la subvention va jusqu’à 2000€, pourquoi demander 1500€ ? Si votre subventionneur estime que vous ne pouvez prétendre qu’à une aide de 1500€ alors très bien, mais si vous demandez 1500€ alors qu’il aurait été disposé à vous donner 2000€ vous vous asseyez volontairement sur une belle différence. Assumez votre posture et exprimez franchement ce dont vous avez besoin, sans vous poser d’autres questions.

8. J’ai de la compassion pour mes lecteurs, je fais simple et efficace (ce qui n'est visiblement pas notre cas ici...)

Cette fois-ci c’est bon, stratégie, budget … Vous êtes réellement prêt à attaquer le remplissage dudit dossier. Plus qu’un conseil à bien avoir en tête. Votre dossier, ce sont de vrais humains qui vont les lire et il est d’ailleurs bien probable qu’ils en lisent quelques uns, parfois à la suite, avant que vos petits bébés ne soient présentés à l’assemblée qui rendra son verdict. Soyez clair, concis et efficace. Se lancer dans un explicatif technique de 25 pages, c’est carrément contre-productif (et pas franchement sympa pour vos lecteurs..) 

9. La vérité, rien que la vérité

Pas besoin d’en dire beaucoup ici sauf que le monde du spectacle vivant n’est pas si grand ! Baratiner c’est prendre un risque inconsidéré, celui de rendre caduc votre éligibilité au dispositif. En plus de démonter toute éventuelle relation de confiance, vous prenez le risque de devoir rembourser partiellement ou en totalité les fonds reçus, et ça c’est pas drôle du tout…

10. Après l’heure c’est plus l’heure

Les délais imposés par les différents organismes subventionneurs ne sont pas là pour décorer, si vous déposez un dossier hors délais, vous l’avez dans le baba et c’est tout. Pas la peine d’essayer de demander à ce que votre dossier soit quand même pris en compte, ce sera non. Du même coup, vous ferez toujours plus sérieux à envoyer vos dossiers quelques jours sinon semaines avant le délai final. Soyez aussi compatissant avec ceux qui au dernier jour imparti se retrouvent à commencer à traiter 386 dossiers envoyés in extremis.

11. Un bon dossier est un dossier relu

Faire vous relire ! Par vos proches, vos collaborateurs, les membres de votre compagnie … Ce dossier pourrait valoir quelques gros sous, bichonnez-le, vérifiez la syntaxe général, si le message est clair, si vous n’avez rien oublié, refaite un point sur le budget, y-a-t’il eu des évolutions ? Bref, le plus dur est fait, relisez bien le tout et envoyez !

12. Comment se porte mon subventionneur?

Pas la peine d’en faire trop, mais puisque votre dossier a été envoyé (et dans les temps !) passez un coup de fil à votre subventionneur, a-t’il bien reçu votre dossier, est-il bien complet ? Prenez la température et montrez combien vous êtes concerné et impliqué, en somme, montrez que vous méritez véritablement son soutien !

13. (je ressors mes pattes de lapin) Et je dis merci à Nomacle

Vous y êtes, c’est dans les tuyaux. Désormais plus qu’à attendre, pas la peine de harceler votre subventionneur, au contraire, maintenant ça vous desservirait presque. Le planning d’attribution des subventions a été à-peu-près communiqué, prenez votre mal en patience, tout simplement. Les amateurs de la chose pourront envisager de ressortir leurs grigris en attendant l’heureuse nouvelle, et plus tard, les lauréats à qui la lecture de cette article aura été bénéfique pourront partager leurs expériences dans les commentaires !

 

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